- à propos du cancer du sein -

statue seins

UN NOUVEL AVIS MÉDICAL

J'ai peur pour l'avenir.

Alors que je connais la procédure, que je sais que je vais pouvoir garder mon sein, j’ai des angoisses sourdes. Et cela impact ma vie, mon couple et mon rapport aux autres. Je ne me reconnais plus. J’ai hâte d’avoir terminé tout le protocole pour revenir à moi-même. À la suite de mon rendez-vous chez le cancérologue, j’écris au gynécologue pour lui dire que je suis prête à programmer l’intervention. Il me répond qu’avant cela je dois encore pratiquer un IRM mammaire, nécessaire à la préparation de l’opération. Je ne comprends pas vraiment pourquoi il ne m’en a pas fait part lors du rendez-vous car j’aurais pu prendre rendez-vous il y a plusieurs jours déjà. Je tente d’en avoir un à plusieurs endroits mais il y a un mois d’attente. Je lui demande donc s’il faut que je patiente un mois, je me sens perdue. Il me répond : « J’ai appelé pour vous et vous avez rendez-vous lundi à 9h à l’adresse indiquée ». OUF ! Je me sens rassurée, je n’avais vraiment pas envie de patienter aussi longtemps. Le lundi matin, nous nous rendons dans cette clinique privée avec Camille. La femme qui nous reçois daigne retirer ses écouteurs pour s’adresser à nous : « Je ne trouve votre rendez-vous nul-part, je vais appeler le médecin ». Elle me le passe au téléphone et celui-ci me dit que mon rendez-vous a été programmé pour mercredi et non lundi. En réalité je comprend à sa voix embarrassée qu’il a confondu mais l’erreur est humaine. Le lendemain matin, je me rends compte tardivement que je suis censée travailler le mercredi alors je les rappelle pour essayer de savoir si je peux décaler, puisqu’ils n’ont pas l’air à cheval sur les rendez-vous. Et puis, j’ai vraiment besoin de travailler car j’ai dû déjà prendre des jours off avec tous ces rendez-vous médicaux. Lorsque j’ai la secrétaire au téléphone, celle-ci me dit : « Votre rendez-vous n’a pas lieu demain mais aujourd’hui dans une heure ». Bon, apparemment ils ne sont pas au point sur les plannings. Camille ne peut pas m’accompagner car il a du travail, mais il est prêt à annuler pour venir avec moi. Je n’y tiens pas. Il faut que j’apprenne à me rendre à mes rendez-vous seule. Ce n’est qu’un examen pré-opératoire, j’imagine qu’ils ne vont rien m’annoncer de plus aujourd’hui que ce que je sais déjà. La médecin qui me reçoit dans son bureau après l’IRM est directe. « Je suis très inquiète pour votre sein, il y a un problème visible de rehaussement ». Elle me parle de reconstruction, qu’il faudrait que je me prépare à l’éventualité de tout retirer et que c’est certainement plus grave que prévu. Elle me dit aussi : « Vous allez vivre, on va vous soigner, et les reconstructions aujourd’hui sont belles ; ne vous inquiétez pas ». Elle me prescrit une biopsie en urgence pour le sur-lendemain, dans la même clinique où j’ai fait faire ma première macro biopsie. Il faut faire plus de prélèvements d’après elle, on ne peut pas se contenter de la zone qui a été prélevée. Je sors de là complètement atterrée et, en même temps, je programme mon cerveau sur le mode survie. J’ignore ce que l’on va m’annoncer dans deux jours mais je dois m’y préparer. Pas faire semblant mais être vraiment forte, pour moi et pour mon entourage. Je dois aussi préserver Camille car il est mon rayon de soleil, et s’il s’éteint on plongera tous les deux. Je lui envoie un message vocal. « Bon et bien on ne peut pas dire que l’on s’ennuie avec moi. Ta femme va certainement avoir droit à un nouveau sein, alors tu les veux plus petits ou plus gros ? » Au fond c’est un gros coup dur pour nous deux, mais nous restons forts l’un pour soutenir l’autre. 

"On est content ?"

Je me rends à ce rendez-vous avec Oriane. Je suis rongée par le stress et fatiguée. C’est encore la même docteur qui me prend en charge. Nous commençons par une échographie. Elle ne dit rien pendant 15 minutes. Puis elle lâche : « Je ne comprends pas, je n’arrive pas à vérifier à l’échographie ce que j’ai vu hier à l’IRM. Ça peut être bon signe mais c’est aussi étrange car j’ai vu une zone très vascularisée et gonflée, typique de la manifestation du cancer ». Elle me dit qu’elle va demander conseil auprès d’un collègue et s’en va. Je ne la reverrai plus. Le collègue arrive, et il s’agit du docteur qui m’avait fait la biopsie, la première fois. Nous sommes aussi gênés l’un que l’autre de nous retrouver. Il s’excuse infiniment et nous avons tous deux les larmes aux yeux. Je lui dis que ce n’est pas de sa faute, que j’ai conscience qu’il aurait aimé que les résultats soient différents. Nous revenons donc aux résultats de l’IRM et celui-ci ne sait pas non plus comment l’interpréter. Il refait l’échographie et arrive aux mêmes conclusions que sa collègue. J’ose quelque chose : « C’est peut-être idiot ce que je vais vous dire, car j’imagine que c’est le genre de chose que vous prenez déjà en compte, mais hier était le premier jour de mes règles alors j’avais les seins gonflés … « Après quelques secondes de silence il me répond que oui, ça doit être cela l’explication. Je n’en reviens pas. C’est donc pour cette raison toute bête que je me fais un trou à l’estomac depuis deux jours ? Pour le moment je préfère savourer mon soulagement, je sens un poids se retirer de mon ventre. Il me dit que maintenant que je suis ici, on va tout de même pratiquer une nouvelle biopsie, « pour être encore plus sûr ». Et c’est reparti pour 3 nouveaux prélèvements, dans le sein gauche également cette fois ci. Mes seins achevés de ressembler à un morceau de gruyère, je saute dans les bras d’Oriane car je suis soulagée ; c’est enfin une « bonne » nouvelle depuis le début de tout ceci. Le moment d’euphorie est de courte durée car l’angoisse des nouveaux résultats revient. Durant les dix jours d’attente, je recevrai une dose inhumaine de stress à chaque appel ou email imprévu. Je suis en train de faire des courses lorsque je vois que j’ai reçu un appel inconnu et qu’un message a été laissé. Dans le magasin, le temps s’arrête autour de moi, tout est en suspend. Je compte jusqu’à 3 et j’écoute. Quand je reconnais la voix du docteur qui a pratiqué la biopsie, mon cœur est prêt à lâcher. Mon cerveau est aux aguets et à toute vitesse tente d’interpréter chacune de ses intonations. Il me dit que les 3 prélèvements n’ont rien révélé d’anormal. Que l’on s’en tient donc à la tumorectomie et que je peux maintenant la programmer avec le gynécologue. Je suis émue. Je commence à apercevoir la lumière au bout du tunnel. Nous avons le dernier rendez-vous avec le gynécologue avant l’opération. Camille m’accompagne, j’ai voulu qu’il vienne cette fois. Nous faisons le résumé de la procédure médicale que je viens de traverser, pour lui rien ne semble anormal. « Donc on reste bien comme on a dit sur une tumorectomie, la date est fixée ; c’est bon on est content ? » Le rendez-vous est terminé. « On est content ? » Cette formule a pas mal tourné dans ma tête. On aurait dit qu’on venait d’acheter une voiture. J’ai gagné le gros lot à la fête foraine peut-être. Trois jours avant l’intervention je reçois enfin le devis de ses honoraires que j’avais demandé depuis plus d’un mois. Je dois encore sortir 2500 euros de ma poche pour une opération en ambulatoire. Je réfléchis. 

L'institut CURIE

J’arrive à la conclusion douloureuse que je ne vais pas accepter cette intervention. Je n’ai plus confiance en eux. J’ai ressassé, ces derniers jours, l’IRM ; je ressens encore les effets du stress de cet épisode dans mon corps. J’ai perdu la moitié de mes cheveux depuis le début du diagnostique à cause de mes angoisses. Le « on est content ? » m’a achevée. Je dois suivre mon intuition et me faire confiance. J’annule l’intervention deux jours avant. Camille est effaré, tout comme Oriane. Ils me disent que je vais peut-être le regretter. J’ignore comment je ne me dégonfle pas. Avec tout mon dossier je me rends, seule, à l’institut Curie. C’est vrai que je suis complètement paumée lorsque j’arrive là bas. C’est très étrange d’expliquer à la personne qui vous reçoit : « Alors j’ai un cancer et j’aurais besoin que l’on s’occupe de moi car j’ai annulé mon opération en ville. Je ne sais pas du tout ce que je dois faire, j’ai juste besoin d’aide ». Là-bas, pas de traitement de faveur mais une prise en charge humaine et efficace. Une infirmière fait le point avec moi de tout mon dossier. La journée est longue mais organisée. Je rencontre un radiologue qui me fait repasser tous les examens. Il m’explique que les résultats de l’IRM mammaire que j’ai apporté sont faussés car la règle d’or est qu’il soit pratiqué une semaine avant ou après mes règles. Il y a également, selon lui, un problème de rehaussement du sein gauche, sous le mamelon. À la fin de la journée, je rencontre une chirurgienne, spécialiste de la reconstruction mammaire. Avant de mettre les pieds dans son bureau, j’ai bien compris ce qui se trame. Chaque décision à l’hôpital est débattue et prise collégialement, les docteurs se sont réunis pour décider de mon cas. J’appréhende que leur diagnostique soit différent. Et c’est le cas. Je ne m’y étais pas préparée, je pensais qu’avec toutes ces analyses on ne pouvait plus se tromper. Mon interlocutrice est douce et pragmatique. Elle m’explique de façon claire : « Ce rehaussement, on ne peut pas passer à côté. Il révèle une zone suspecte de 7 cm ». Je suis sous le choc. Je pensais encore naïvement que l’on ne m’annoncerait rien de plus grave. Cette doctoresse voit tous les jours des femmes comme moi, et encore plus de femmes dans des situations pires que la mienne. Elle a une aura apaisante et optimiste. Elle ne va rien m’imposer mais simplement me poser quelques questions qui vont m’emmener vers la solution dont j’ai besoin. « Si l’on vous laisse une partie de votre sein, il devra être suivi de près. Est-ce que vous supporterez de vivre tous les ans avec l’attente des résultats ? Si on vous fait une reconstruction immédiate avec conservation du mamelon, pourriez-vous envisager une ablation totale ? » Je commence à pleurer car j’ai conscience que je dois faire retirer mon sein. La doctoresse me donne des mouchoirs. Je ne veux pas que l’on me plaigne et son attitude me touche beaucoup. Elle reste confiante et optimiste. Elle veut me laisser le temps de cogiter sur la discussion que nous venons d’avoir. Je reviendrai la voir dans une semaine, accompagnée d’Oriane et en attendant elle programme déjà l’intervention pour le 7 janvier. Une fois sortie de l’hôpital je me sens beaucoup mieux. J’ai toutes les informations, je sais enfin où je vais. Je viens certainement de prendre la meilleure décision de toute ma vie.

Alice Detollenaere & Camille Lacourt selfie amoureux

Crédit photo d’illustration : Victoria Strukovskaya

1 réflexion sur “UN NOUVEL AVIS MÉDICAL”

  1. Bertoncini Diane

    Ce blog est très touchant, je retrouve les étapes d’incertitudes etc que j’ai vécues.
    J’ai accompagné ma mère durant son cancer l’année dernière ( autre type) et l’équipe de l’institut Curie a été extraordinaire . C’est vrai qui savent dire les choses justes, nous rassurer et surtout nous orienter. On se sent en confiance et bien pris en charge.
    Ce n’est pas simple car dans ces moments on doit se battre pour trouver seul(e) l’équipe qui va nous soigner tout en ayant peur à chaque seconde.
    Vous avez fait le bon choix. Bravo pour votre guérison.
    Moi ma mère est en rémission depuis 1 an, merci encore à l’équipe de Curie

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

logo notaboobs

Alice Detollenaere
mannequin, digital activist & combattante du cancer

donut

En poursuivant votre navigation, vous acceptez le dépôt de cookies destinés à améliorer l'expérience utilisateur.​